Aux données bien partagées, la valeur n'attend pas le nombre des années

"Nous n'étions guidés que par le désir de faciliter, au moyen de traces sûres et soigneusement vérifiées, les études qui pourraient être faites plus tard."
Paul-Adrien Bourdalouë, 1847

"The best thing to do with your data will be thought of by someone else."
Rufus Pollock, 2017

Comme le disent Bourdalouë et Pollock à 150 ans d’écart, vos données seront peut-être mieux exploitées par d’autres !

Le cadre juridique

Si une association, une entreprise ou n’importe quel individu en France ou à l’étranger a connaissance de l’existence d’un jeu de données non publié, il lui sera possible d’en faire la demande (loi CADA) et, sauf exceptions, l’établissement concerné sera dans l’obligation de fournir les données.
Par ailleurs, la loi pour une République Numérique (2016) introduit par décret la liste des licences applicables au code informatique et aux données.

Les licences prévues par la loi

Pour les données rendues publiques, la Loi pour une République Numérique dit que leur réutilisation est libre (à condition qu’elles ne soient pas protégées par un droit spécifique). On peut les réutiliser même de façon commerciale, même sans nommer les auteurs. Inutile de choisir une licence trop restrictive, le décret en propose deux :
• La licence ouverte de réutilisation d’informations publiques
• L’Open Database Licence

Pour le code (considéré comme un document administratif comme les autres), le décret prévoit deux types de licences :
• Les licences permissives : BSDL, Apache, CeCILL-B et MIT License. Les utilisateurs peuvent réutiliser le code même de façon commerciale et en changer la licence.
• Les licences avec obligation de réciprocité, ou “copyleft fort” : Mozilla Public License, GNU GPL et CeCILL. Les utilisateurs doivent conserver la licence du code, et l’appliquer (la propager) à tout le logiciel dans lequel il est inclus.

Extrait du rapport de Paul-Adrien Bourdaloue, "Travaux de la brigade française pour l'isthme de Suez dirigés par M. Bourdaloue  : Etudes de 1847 : Ligne des deux mers (Plan détaillé et nivellement)"

Document 1: Bourdalouë, Paul-Adrien. Travaux de la brigade française pour l'isthme de Suez dirigés par M. Bourdaloue : Etudes de 1847 : Ligne des deux mers (Plan détaillé et nivellement), 1847.
Notez les observations dans la colonne de droite.

Un cas d’École

Lors de la campagne d’Égypte en 1799, l’ingénieur Lepère mesure la différence de niveau entre la mer Rouge et la mer Méditerranée et trouve 8 mètres. C’est une erreur car les niveaux sont égaux, ce qui impacte les tracés possibles d’un canal. Bourdalouë refait les mesures en 1847 (document 1) et ne trouve aucune différence de niveau : il y a donc controverse scientifique.
Au XIXe siècle, la validation de la recherche comporte implicitement une dimension sociale. Les résultats de Lepère sont étayés par sa qualité d’ingénieur que n’a pas Bourdalouë, simple conducteur des Ponts et Chaussées, et par des arguments propres à la culture littéraire de l’époque basés sur l’habileté des ingénieurs ou la tradition des anciens. Face à cela, Bourdalouë met en avant l’amélioration des instruments et décrit un mode opératoire extrêmement rigoureux ; il fournit à l’Académie des Sciences un tableau très détaillé de ses données et observations.

À une époque où cette campagne de mesures est difficilement reproductible et la hiérarchie des preuves encore en discussion, c’est grâce à la description rigoureuse de sa méthode que Bourdalouë emporte la conviction. Sans éteindre la controverse, ses conclusions sont de facto retenues lors des premiers projets de percements du canal en 1855.