Réouverture de l'École après la guerre 1919 : la démobilisation

La réouverture des écoles après la guerre s’effectue par paliers dans une désorganisation relative. L’École nationale des ponts et chaussées ne fait pas exception. En effet, les conseils ont eu beau essayer de prévoir tous les cas possibles et tracer une ligne de conduite, les élèves ne reviennent que progressivement, en fonction de leur état de santé ou de leur statut.

Réouverture de l'École aux militaires démobilisés

Note du ministère de la Guerre autorisant la réouverture de l'École aux élèves démobilisés. 19 février 1919.

Les "démobilisés" et les nouvelles promotions

Le 19 février 1919, le ministre de la Guerre autorise les militaires déjà reçus à l’École mais n’ayant pu ni commencer ni achever leurs études lors de la déclaration de guerre, à reprendre les cours.

Cette réouverture est fixée au samedi 15 mars 1919.  

En revanche, la rentrée à l’École est repoussée au 15 novembre pour les élèves ingénieurs sortant de Polytechnique et ne terminant leur session qu’en octobre 1919.

Le cadre alsacien-lorrain

Le cas des alsaciens lorrains se pose rapidement après la guerre. En effet, nombreux sont les jeunes gens à avoir suivi des études techniques dans des écoles allemandes, qui se retrouvent avec des diplômes dont la validité pose question.

L’Association régionale des ingénieurs d’Alsace-Lorraine se créée en 1919 pour les aider à régler ces problèmes. Son président prend contact avec le directeur Kleine en juin 1919 pour lui exposer les différents cas qui se posent. La question ayant déjà été tranchée en mars par le conseil, la réponse est claire. Les alsaciens lorrains qui étaient français avant le traité de Francfort peuvent entrer aux cours préparatoires en tant qu’auditeurs libres ; ils conforteraient ainsi leur formation théorique avant l’admission aux cours d’application. Il leur est également conseillé de suivre les cours de mathématiques supérieurs organisés à l’université de Strasbourg à la rentrée 1919 avant d’entrer dans les grandes écoles. Cette mesure est valable pendant cinq ans après la signature de l’Armistice.

De fait, un seul élève issu du corps alsacien-lorrain entre à l’École  nationale des ponts et chaussées en 1921. Il s’agit d’Alfred Wendling, diplômé en 1924.

Les promotions d'après-guerre

Les promotions de l’immédiat après-guerre, notamment celle de 1919, sont pléthoriques et un peu hétéroclites. Elles rassemblent les jeunes élèves de l’année en cours, avec les récents démobilisés des promotions décimées, entrées en 1911, 1912, 1913 et 1914.

Les blessés ou mutilés de guerre reprennent leurs études au compte gouttes, certains devant même les interrompre à nouveau pour raisons de santé.

C’est le cas de Jean de Seze, mutilé de guerre, qui ne peut reprendre ses études qu’à la rentrée 1921 (il appartient à la promotion B spéciale de 1919) ; cependant, à partir du printemps 1922, il doit s’aliter pendant près de dix ans et ne peut achever sa scolarité qu’en 1930 !

Son excellent niveau en 1921-1922 permet qu’il soit nommé ingénieur de 3e classe à titre provisoire, la nomination à titre définitif n’intervenant qu’en 1930.

Les étudiants du corps expéditionnaire américain

Après la signature de l’Armistice, les soldats du corps expéditionnaire américain se retrouvent sans activité.

Parmi eux, les plus jeunes étudiants sont provisoirement admis dans des écoles. L’École en accueille ainsi un certain nombre jusqu’au début de l’été 1919. Le colonel Charles Wesley Exton remercie Auguste Kleine en ces termes :

« Au moment du départ des étudiants américains, je désire vous faire part, au nom du Commandement en chef, de la reconnaissance de l’armée pour le chaleureux accueil réservé à ces jeunes gens. (…) La grande majorité [d’entre eux] retournent chez eux, admirateurs enthousiastes de l’éducation française (…). Leur compréhension de la France a été accrue, de même que leur affection pour le peuple français a grandi en même temps. Je vous prie de vouloir bien transmettre à tous les professeurs de l’École (…) mes plus chaleureux remerciements pour leurs efforts dévoués ».