Impacts sur le fonctionnement de l'École et ses enseignements

Délibérations du Conseil de l’Ecole des Ponts et Chaussées n° 10

Délibérations du conseil de l'École des ponts et chaussées n°10.
Séance du 18 août 1914.

Lors de la déclaration de guerre, les élèves ingénieurs, alors en mission de fin d’études pour trois mois, sont mobilisés brutalement le 2 août pour une durée inconnue et un avenir incertain. Le conseil de l’École du 18 août 1914 décide alors exceptionnellement de proposer d’urgence au ministre leur nomination comme ingénieurs ordinaires de 3e classe sans affectation dans l’ordre de mérite arrêté le mois précédent.

Les concours et la scolarité sont stoppés et l’École ferme.

Les réunions du Conseil ne reprennent qu’à la fin 1915 et s’ouvrent toutes désormais par la présentation du tableau d’honneur.

Bouleversement du fonctionnement de l'École

Deux questions se posent dès 1915 :

  • l’impossibilité de maintenir les cours préparatoires,
  • l’impossibilité d’ouvrir des concours pour entrer à l’École pendant la guerre.

Les concours d’admission aux cours préparatoires et aux cours spéciaux (cours dispensés pendant les trois années d’enseignement à l’École) sont donc supprimés par décret en 1915 et 1916. De même, le concours annuel d’admission de 1917 est annulé.

Le 26 juin 1917, une dépêche ministérielle demande au directeur et au conseil de l’École, d’étudier les mesures à prendre pour que les élèves mobilisés par la guerre soient nommés ingénieurs le plus rapidement possible et pour recruter de nouvelles promotions.

Le directeur institue alors une commission au sein de l’École présidée par l’inspecteur général Limasset. Son rapport, préconisant la réduction des études et des programmes pour la promotion d’élèves qui suivront immédiatement la guerre, est débattu par les membres du Conseil :

  • pour les élèves ingénieurs qui avaient terminé leur 1e année avant la guerre, il est décidé de réduire leur 2e année à l’École à cinq mois de cours et un mois de mission ;
  • pour les élèves sortis juste de Polytechnique en juillet 1914 et les années suivantes de guerre, il est prévu de réduire leurs études à une période de 13 à 18 mois ;
  • enfin, en ce qui concerne les élèves externes admis aux cours préparatoires de 1914, les cours préparatoires seront réduits à six mois minimum.
Salle des conseils

Salle des conseils de l'École.
28, rue des Saints-Pères, à Paris.
(future salle Freyssinet).

Les membres du Conseil, sur le rapport de la Commission, s’interrogent sur les modalités de réouverture de l’École, de réorganisation des concours, pour respecter à la fois les textes des décrets qui régissent l’entrée à l’École tout en assurant une réinsertion au mieux des promotions qui ont été envoyées au front. Ils s’efforcent de faire de difficiles calculs statistiques pour estimer le nombre des survivants par rapport au nombre des nouveaux élèves et comparent leurs cogitations avec celles des membres des autres écoles notamment les Mines et Polytechnique. Ils finissent par convenir qu’il vaut mieux attendre la fin de la guerre pour faire des choix sur des données stables.

De leur côté, les élèves ingénieurs mobilisés s’inquiètent de leur situation : pas d’avancement militaire, pas d’avancement civil, ils ont toujours le statut d’élève alors qu’ils n’en ont plus l’âge ni la maturité. Le Conseil décide donc de proposer au ministre un projet de décret les nommant ingénieurs de 3e classe à titre temporaire en attendant qu’ils terminent leurs études afin de les pénaliser le moins possible.

Vers une lente reprise des activités

Délibérations du Conseil de l’Ecole des Ponts et Chaussées n° 10

Délibérations du conseil de l'École des ponts et chaussées n°10.
Séance du 28 décembre 1917.

Fin 1917 et début 1918, les conseils se succèdent à l’École. Le raccourcissement des cursus implique une diminution des heures d’enseignement. Les professeurs revoient à la baisse leur nombre d’heures, renvoyant les élèves à une bibliographie plus fournie et comptant – pour certains cours - sur l’expérience de terrain que leur donnera la mission. Toutefois, ils estiment que la partie technique de l’enseignement doit rester prédominante puisque l’École forme des ingénieurs plus que des administrateurs.

Se pose aussi le cas des élèves étrangers qui ne sont pas soumis à la guerre. Est-il possible de les admettre sans risquer de mécontenter les élèves mobilisés ?

Une session est exceptionnellement ouverte de février à fin juin 1918. Elle comprend des cours spéciaux de 2e année. Plusieurs élèves qui n’avaient pas suivi les cours de 1ere année sont autorisés à la suivre sauf à compléter ultérieurement leurs études.

L’effectif est de 11 élèves (5 élèves ingénieurs et 6 externes dont 3 étrangers).

À la demande des élèves, les cours de langues (anglais et allemand) supprimés avant la guerre sont en partie réintroduits dans l’enseignement : l’anglais uniquement, contexte oblige.

Un concours pour l’admission des candidats aux cours spéciaux est ré-ouvert en septembre/octobre 1918 (arrêté ministériel du 21 janvier 1918). Un seul élève, blessé de guerre, admis aux cours préparatoires en 1913, se présente et est admis.